La Chine reste aujourd’hui la référence majeure de la production industrielle en Asie, notamment grâce à la densité de son réseau de fabricants, de sous-traitants et de fournisseurs de composants. Cette concentration permet aux entreprises de s’appuyer sur une supply chain particulièrement intégrée : matières premières, composants, assemblage, emballage et logistique sont souvent disponibles dans une même province, ce qui facilite la production, réduit les délais et améliore la réactivité.

Mais pour les entreprises qui vendent aux États-Unis, la stratégie évolue : diversification des risques, évolution des droits de douane et recherche de nouvelles capacités de production poussent les importateurs à regarder davantage vers l’Asie du Sud-Est.

Dans ce contexte, le Cambodge mérite d’être étudié.

Le pays ne remplace pas la Chine sur toutes les catégories de produits. En revanche, il possède déjà une industrie exportatrice importante, largement tournée vers les États-Unis, et s’appuie sur des groupes industriels asiatiques expérimentés.

Alors, produire au Cambodge peut-il constituer une alternative intéressante pour le marché américain ?

Pourquoi les entreprises cherchent-elles des alternatives à la Chine ?

La Chine conserve des avantages industriels majeurs : disponibilité des composants, diversité des fournisseurs, sous-traitants spécialisés, supply chain intégrée et infrastructures développées.

Pour de nombreuses entreprises, l’objectif n’est donc pas de quitter complètement la Chine, mais plutôt de diversifier leurs sources d’approvisionnement afin de réduire leur dépendance à un seul pays et de mieux répartir les risques.

Pour les entreprises qui importent aux États-Unis, cette diversification répond également à un enjeu douanier important. De nombreuses catégories de produits fabriqués en Chine restent soumises aux droits additionnels prévus par la Section 301, qui viennent s’ajouter aux droits de douane normalement applicables. Produire dans d’autres pays d’Asie peut ainsi, selon le produit et son origine, permettre de réduire le coût total à l’importation sur le marché américain.

La bonne question n’est donc pas simplement « Chine ou Cambodge ? », mais plutôt : quel pays offre le meilleur équilibre entre prix, qualité, capacités industrielles, logistique et coût douanier pour le produit concerné ?

Une industrie déjà fortement orientée vers les États-Unis

Le Cambodge dispose déjà d’une relation commerciale importante avec le marché américain.

Sur les neuf premiers mois de 2025, les États-Unis représentaient environ 40 % des exportations cambodgiennes de marchandises, ce qui en faisait le premier marché d’exportation du pays.

Cette orientation repose largement sur les produits manufacturés, notamment les vêtements, chaussures, articles de voyage ou encore meubles.

En 2024, le secteur cambodgien de l’habillement, de la chaussure et des articles de voyage comptait 1 555 entreprises et employait plus de 918 000 personnes. Ses exportations atteignaient 13,6 milliards de dollars.

Pour un acheteur américain, cela signifie qu’une partie importante des industriels cambodgiens travaille déjà avec les contraintes de l’export : volumes, contrôle qualité, documentation, conditionnement et logistique.

Usine textile Cambodge

Quels produits sont intéressants à sourcer au Cambodge ?

Le sourcing au Cambodge est particulièrement pertinent pour les produits nécessitant une forte part de main-d’œuvre, notamment pour les opérations de coupe, de couture, d’assemblage et de finition.

Les catégories les plus représentées sont :

  • les vêtements ;

  • les chaussures ;

  • les sacs et bagages ;

  • les articles de voyage ;

  • les accessoires textiles ;

  • les meubles et décoration ;

  • Bicyclettes et composants, etc.

Le pays développe également d’autres productions, notamment dans certains produits électriques, composants industriels et moyens de transport.

Cette diversification reste toutefois plus limitée que celle de la Chine ou du Vietnam. Pour un produit complexe nécessitant plusieurs fournisseurs spécialisés, moules, pièces techniques ou sous-traitants, le nombre d’options disponibles peut rapidement diminuer.

Les coûts de production au Cambodge

Le coût du travail reste l’un des éléments qui rendent le pays intéressant pour les productions à forte intensité de main-d’œuvre.

Depuis le 1er janvier 2026, le salaire minimum mensuel dans les secteurs du textile, de l’habillement, de la chaussure, des articles de voyage et des sacs est fixé à 210 dollars pour les salariés réguliers et 208 dollars pour les salariés en période d’essai.

Mais le salaire ne suffit pas pour évaluer la compétitivité d’une production.

Il faut également intégrer :

matières premières + composants + productivité + énergie + transport intérieur + fret international + contrôle qualité + droits de douane.

Une usine cambodgienne doit, dans la majorité des cas, importer une partie de ses tissus, fermetures, accessoires ou composants depuis la Chine ou d’autres pays asiatiques.

De manière générale, sur les volumes de production importants, les fournisseurs au Cambodge parviennent à proposer des prix similaires à ceux pratiqués en Chine, ou environ 5 à 10 % plus élevés.

Les conditions commerciales négociées avec le fournisseur comptent également. Le choix de l’Incoterm détermine notamment la répartition de plusieurs coûts, formalités et risques entre vendeur et acheteur.

L’indicateur réellement utile reste donc le coût total rendu aux États-Unis.

Assemblage automobile Cambodge

Le véritable avantage : des groupes industriels asiatiques déjà structurés

L’un des aspects les plus intéressants du Cambodge réside dans la structure de son industrie exportatrice.

Les investissements étrangers ont joué un rôle majeur dans son développement industriel. Les capitaux chinois et taïwanais occupent historiquement une place importante. Plusieurs travaux de l’OIT montrent qu’une grande partie des usines exportatrices cambodgiennes sont détenues par des investisseurs étrangers, principalement originaires de Chine, de Taïwan, de Singapour ou encore de Malaisie.

Pour un acheteur, cette structure peut représenter un véritable avantage. Certaines usines cambodgiennes sont en réalité des sites de production appartenant à des groupes industriels étrangers, notamment chinois, déjà implantés dans plusieurs pays d’Asie. Elles peuvent ainsi bénéficier de procédures qualité déjà établies, d’une organisation des achats structurée, de méthodes de production éprouvées et d’un réseau de fournisseurs existant.

Cela peut constituer un gage supplémentaire de sérieux, de maîtrise industrielle et de régularité dans la production.

Plus largement, l’industrie manufacturière exportatrice cambodgienne reste fortement dominée par les investissements chinois, tandis que la part des usines détenues localement demeure relativement limitée.

Produire au Cambodge ne signifie donc pas nécessairement reconstruire toute son organisation industrielle.

Produire au Cambodge sans repartir de zéro

Prenons l’exemple d’une marque américaine qui commande 20 000 sacs textiles.

Son fabricant utilise déjà en Chine des fournisseurs pour le tissu, les fermetures, les boucles, les étiquettes et les emballages.

Si le groupe possède également un site de production au Cambodge, une partie de ces composants peut continuer à provenir des fournisseurs existants, puis être envoyée au Cambodge pour la coupe, la couture, l’assemblage et le conditionnement.

L’entreprise n’a donc pas besoin de reconstruire entièrement sa chaîne d’approvisionnement ni de rechercher de nouveaux fournisseurs pour chaque composant. Elle peut conserver une grande partie de son écosystème existant tout en délocalisant ca production au Cambodge.

Cette organisation crée cependant des flux supplémentaires entre plusieurs pays. Selon les volumes, la comparaison entre FCL et LCL devient utile pour évaluer le coût et l’organisation du transport.

Il faut aussi contrôler l’origine douanière du produit. Faire transiter une marchandise chinoise par le Cambodge ne suffit pas à lui donner une origine cambodgienne. La transformation réalisée localement doit respecter les règles d’origine applicables au produit.

Produire au Cambodge présente-t-il un avantage pour exporter vers les États-Unis ?

Le Cambodge peut présenter un avantage lorsqu’une production réellement réalisée dans le pays permet d’obtenir un coût global plus compétitif qu’une production chinoise.

Mais cette comparaison doit être faite produit par produit.

La politique commerciale américaine a beaucoup évolué depuis 2025. Depuis juillet 2026, le Cambodge fait partie des économies auxquelles les États-Unis appliquent un droit additionnel Section 301 de 10 % dans le cadre des mesures relatives à l’importation de produits liés au travail forcé. Certaines catégories de produits bénéficient toutefois d’exemptions.

À ce droit additionnel peuvent s’ajouter les droits ordinaires correspondant au code HTS du produit.

Une origine cambodgienne ne signifie donc pas une absence de droits de douane. En revanche, selon les produits et les marchés de destination, les droits applicables peuvent être nettement plus avantageux que pour des marchandises d’origine chinoise.

C’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup d'entreprises américaines choisissent de produire au Cambodge, même lorsque le coût de fabrication est légèrement supérieur. Le surcoût à la production peut en effet être compensé, voire dépassé, par les économies réalisées sur les droits de douane à l’importation.

Avant tout transfert, l’entreprise doit vérifier le code HTS, l’origine réelle du produit, les droits applicables et le coût logistique final.

Port Sihanoukville

Vérifier l’usine avant de transférer une production

Même lorsqu’une usine appartient à un groupe industriel expérimenté ou à un fournisseur que vous connaissez déjà, il est important de vérifier ses capacités propres. Chaque site de production peut avoir un niveau d’équipement, d’organisation, de qualité et d’expérience différent. Une évaluation reste donc nécessaire afin d’éviter les mauvaises surprises.

Infrastructures, équipements, volumes réalisables, organisation, système qualité et expérience sur la catégorie de produit doivent correspondre au projet.

Pour un nouveau fournisseur ou une commande importante, un Factory Verification Audit permet de contrôler directement l’existence du site, ses capacités, ses équipements et son organisation.

Le pays de production compte, mais la qualité du fabricant sélectionné reste déterminante.

Les limites du Cambodge

Le premier frein reste la profondeur de l’écosystème industriel.

Le Cambodge dispose de moins de fournisseurs et de sous-traitants que la Chine. Son secteur textile reste également dépendant d’intrants importés, ce qui limite l’intégration locale de la chaîne de valeur. L’OIT identifie justement cette dépendance aux intrants importés comme l’une des limites structurelles du secteur cambodgien.

Cela peut entraîner davantage de transport régional, des délais supplémentaires et une dépendance à plusieurs pays pour une seule production. Le Cambodge est donc surtout intéressant lorsqu’il existe déjà un écosystème adapté au produit recherché et une usine capable de gérer efficacement les approvisionnements nécessaires.

La diversité des savoir-faire et des produits pouvant être fabriqués au Cambodge reste également plus limitée que dans d’autres grands pays industriels d’Asie.

Le pays est particulièrement intéressant pour les catégories que nous avons citées dans cet article. En revanche, dès que l’on sort de ces secteurs, il peut devenir plus difficile de trouver des usines réellement compétentes et adaptées au projet. La recherche fournisseur peut alors demander davantage de temps, de qualification et de vérifications.

Cambodge ou Vietnam : quelle destination choisir ?

Le Vietnam dispose d’un tissu manufacturier plus diversifié, alors que le Cambodge reste davantage concentré sur quelques catégories produits.

Pour un produit textile ou un sac nécessitant beaucoup de couture, une usine cambodgienne appartenant à un groupe expérimenté peut constituer une option intéressante.

Pour une production faisant intervenir de nombreux composants techniques et plusieurs sous-traitants spécialisés, il devient essentiel de comparer concrètement les fournisseurs disponibles dans chaque pays.

La décision doit donc reposer sur les capacités de l’usine, les MOQ, les prix, les composants disponibles, la qualité, les délais, la logistique et les droits de douane.

Le rôle d’une entreprise de sourcing au Cambodge

Pour une entreprise qui connaît peu le marché local, explorer seule le tissu industriel cambodgien peut être complexe.

Une partie des usines présentes au Cambodge sont liées à des groupes industriels étrangers, notamment chinois, taïwanais ou d’autres pays d’Asie. Dans la majorité des cas, le site cambodgien sert principalement de base de production, tandis que les fonctions commerciales, les showrooms, les équipes de vente restent centralisés dans le pays d’origine du groupe.

Il est donc fréquent que ces usines disposent de très peu d’informations en ligne : pas de site internet dédié, peu ou pas de présence sur les réseaux sociaux, et parfois aucun contact commercial directement identifiable au Cambodge.

Dans ce contexte, travailler avec une entreprise de sourcing connaissant bien l’écosystème local peut faire une réelle différence. Elle pourra s’appuyer sur son réseau existant, ses contacts sur place et sa connaissance des groupes industriels déjà implantés dans le pays afin d’identifier, contacter et qualifier des usines qui seraient autrement difficiles à trouver.

Une recherche réalisée uniquement à distance risque ainsi de ne couvrir qu’une partie des capacités industrielles réellement disponibles au Cambodge.

Si vous avez un projet de sourcing ou de production au Cambodge et que vous recherchez un partenaire local pour identifier et qualifier les bonnes usines, vous pouvez contacter Diex International.

Le Cambodge : une alternative ciblée à la Chine

Le Cambodge ne doit pas être considéré comme une alternative capable de remplacer la Chine dans tous les secteurs.

Son intérêt est plus ciblé : le pays dispose d’une industrie déjà fortement tournée vers l’export, notamment vers les États-Unis, d’un savoir-faire solide dans les productions nécessitant beaucoup de main-d’œuvre, ainsi que d’une présence importante de groupes industriels asiatiques expérimentés.

Pour une entreprise américaine, l’enjeu consiste donc à identifier les catégories de produits pour lesquelles une production au Cambodge apporte un véritable avantage, que ce soit en matière de coût global, de droits de douane, d’organisation industrielle ou de diversification de la supply chain.

Avant de lancer un projet, Diex International peut réaliser une pré-étude sourcing afin de comparer les possibilités de fabrication au Cambodge, en Chine ou au Vietnam selon le produit, les volumes, les objectifs de prix et le marché de destination.

Questions fréquentes

Quels produits sont les plus adaptés à une production au Cambodge ?

Le Cambodge est particulièrement développé dans les secteurs du vêtement, de la chaussure, des sacs, des bagages, des articles de voyage ou encore du mobilier.

D’autres types de production sont également présents dans le pays, mais la disponibilité des fabricants, des savoir-faire et des composants nécessaires doit être vérifiée au cas par cas selon chaque projet.

Produire au Cambodge réduit-il les droits de douane aux États-Unis ?

Pas automatiquement. Les droits de douane dépendent du code HTS, de l’origine réelle du produit et des mesures américaines en vigueur. Dans l’ensemble, ils sont toutefois sensiblement plus faibles pour des produits d’origine cambodgienne que pour des produits d’origine chinoise, ce qui peut représenter un avantage important en matière de coût total à l’importation.

Cambodge ou Vietnam : quel pays choisir pour sourcer ?

Le Vietnam dispose d’un tissu industriel plus large et plus diversifié que le Cambodge. Le choix entre les deux pays dépend donc avant tout du type de produit, des compétences industrielles disponibles, des usines capables de répondre au cahier des charges et du coût total du projet.

Il est notamment important de prendre en compte les droits de douane applicables dans le pays de destination, car ils peuvent modifier significativement l’intérêt économique d’une production au Cambodge ou au Vietnam.